Les origines

Le Shiatsu puise ses sources au cœur de l’Inde et de la Chine ancienne. Il est issue de la Médecine Traditionnelle  Chinoise (MTC), constituée de nombreuses branches dont l’acupuncture, l’herboristerie, la pharmacopée, les moxas, les ventouses, la diététique, le Qi Gong, ainsi que les techniques manuelles Tuina, Ankyo et Do in. Pendant les dynasties Sui et Tang (du VI ème au X ème siècle), un flux important de tous les aspects de la culture chinoise a pu cheminer jusqu’au Japon. Certains de ces éléments culturels qui ont été perdus ou modifiés par la suite en Chine, ont été préservés dans leur forme japonaise modifiée, en partie par le fait de l’isolationnisme du japon au cours de la période EDO. Fort de cet apport, le génie japonais va s’approprier les principes de la MTC, pour ensuite enrichir les techniques grâce aux progrès de nombreux médecins, notamment Yasuyori Tamba, qui rédige le plus ancien livre médical du Japon, en 984, ouvrage qui couvre de nombreuses pratiques médicales dont l’acupuncture, la moxibustion, les herbes médicinales, l’anma. Avec l’ère de l’EDO, dès 1603, le Shogun Tokugawa a progressivement réduit le contact avec les autres nations jusqu’à aboutir à une fermeture totale du pays entre 1635 et le début du XIX ème siècle.

Développement de l’ANMA

Ainsi, pendant près de deux siècles, alors qu’elle était repliée sur elle-même, la société Japonaise a développé une culture portée sur le raffinement et le détail. Les enseignements importés de la MTC ont pu être approfondis, si bien que les techniques manuelles ont constitué des éléments d’une importance capitale dans l’éventail médical Japonais. Jusqu’au début du XIX ème siècle, tous les médecins devaient être qualifiés en Anma pour exercer, l’Anma étant le massage traditionnel Japonais, similaire au Tuina Chinois. Le médecin waichi Sugiyama (1614 – 1694), crée des écoles médicales pour non-voyants dans tout le pays. Le praticien aveugle de l’anma devient une partie intégrante de la culture japonaise.

Au cours du XIX ème siècle, après une longue période d’isolement, le Japon s’ouvre à l’occident, à sa culture, à ses idées.  Sous le règne de Mutsuhito débute la l’ère Meiji (ère du « gouvernement éclairé »), en 1868. C’est une période de réformes radicales au cours de laquelle les médecines occidentales s’invitent dans le pays, reléguant l’Anma dans sa forme simplifiée, en tant que massage pour le bien-être et non plus pour la santé. Les médecines occidentales sont rapidement adoptées par la majorité de l’élite japonaise, chez qui les formes de thérapies traditionnelles ne trouvent plus faveur. Cependant, la pratique de l’anma traditionnel perdure en qualité de médecine du peuple chez les classes populaires. A ce moment, l’essentiel de l’activité Anma est assurée par les praticiens aveugles ou mal-voyants.

Naissance du SHIATSU

En 1911 une loi visant à régulariser la pratique de l’Anma, de l’acupuncture et de la moxibustion est promulguée. Dans ce contexte favorable né un mouvement qui tend à rendre au travail corporel Japonais toutes ses lettres de noblesse. Dans la tradition des grands innovateurs des médecines asiatiques, Tamai Tempaku  intègre aux théories traditionnelles, une compréhension moderne. Il crée le terme « Shiatsu » qui signifie littéralement « pression du doigt ». Il forme de talentueux thérapeutes, notamment Tokujiro Namikoshi qui dès 1925 créé à Hokkaido le Shiatsu Institute of Therapy. Namikoshifonde en 1940 l’institut nippon du Shiatsu, ainsi que le collège japonais du Shiatsu dans lequel était enseigné un shiatsu basé sur des principes d’anatomie/physiologie proches de l’ostéopathie en laissant de côté tout principe énergétique qui à ce moment n’avaient pas les faveurs des japonais.

Reconnaissance du SHIATSU au Japon en tant que thérapie à part entière

Namikoshi est célèbre pour les efforts qu’il a fourni afin d’obtenir la reconnaissance du Shiatsu et aussi pour avoir soigné Marilyn Monroe souffrant d’une endométriose lors de sa lune de miel à Tokyo en 1954. Cet épisode a constitué un tournant pour le Shiatsu car à la fin de la seconde guerre mondiale, les forces d’occupation américaines ont limité la pratique de la médecine traditionnelle. En effet, Mac Arthur interdit tous les arts japonais traditionnels, dont l’Anma et le Shiatsu qui faillirent disparaître. L’intervention d’Helen Keller (auteure, conférencière et militante politique américaine) auprès des autorités en faveur des praticiens aveugles de l’anma, a également contribué à la reconnaissance du Shiatsu. Grâce à leurs efforts, le Shiatsu fut reconnu dès 1964 par le Ministère de la Santé japonais comme une médecine à part entière.



L’épanouissement du SHIATSU
Le Shiatsu s’exporte sur la côte ouest des Etats-Unis avec les immigrants japonais au milieu du XIXème siècle. Il se répand sur le reste du pays et atteint l’Europe, pratiqué suivant les méthodes apprises dans l’école de Namikoshi. Il s’enrichit des techniques de chiropraxie, de thérapie crânio-sacrée. Influencé par les thérapies occidentales et ses études universitaires, un professeur de psychologie à l’Université de Tokyo nommé Shizuto Masunaga réintroduit  les principes énergétiques de la MTC dans les protocoles de traitement shiatsu. Il développe un Shiatsu sublimé par l’énergie des méridiens et la théorie des 5 éléments. Masunaga ajoute à la MTC les notions de psychologie, de relations avec le système émotionnel et de développement spirituel, ce qui donnera le Zen Shiatsu.

Les travaux de Masunaga associés à ceux de Wataru Ohashi, un autre maitre shiatsuki formé en Médecine traditionnelle du Japon (MTJ), permettent au Shiatsu de s’enrichir et de s’épanouir en tant que médecine, et ce, au-delà des frontières nippones.

En 1997, le Shiatsu a été reconnu par l’Union européenne comme l’une des 10 médecines complémentaires les plus bénéfiques pour la santé.

Sources :
  • « SHIATSU Théorie et Pratique » de Carola Beresford-Cooke aux éditions Maloine
  • « ZEN SHIATSU » de Shizuto Masunaga, traduit  de l’anglais par Michel Jacquard aux éditions Guy Trédaniel
  • « TAO SHIATSU » de Ryokyu Endo, traduit de l’anglais par Antonia Leibovici aux éditions Guy Trédaniel